Le monde comme il va

Reflexions sur la societe.

De la Difference

Comme un ingrédient indispensable, la différence accommode tous les plats, c’est une notion si commode qu’elle se dilue le plus souvent dans les platitudes du discours quotidien. Certains vous vanteront les vertus de la différence qu’ils accompagnent de son cortège, la diversité, le communautarisme, le relativisme, la tolérance. Mais la question dépasse à mon sens les clivages politiques.

Différents, nous le sommes tous, c’est le propre même de l’individu, mon semblable n’est sûrement pas mon semblable. Ce n’est qu’en transcendant ce qui me distingue de mon voisin que je peux le voir comme mon semblable. La Nature nous a faits beaux ou laids, grands ou petits, plus ou moins intelligents et les différences peuvent s’énumérer à l’infini, nous rendant tous uniques. Alors, quel est l’intérêt d’un terme tel que diversité ? A quoi renvoie-t’il ? Tout le monde comprend bien que cette diversité renvoie à la diversité dite visible, c’est à dire qu’elle désigne la couleur de peau, le type physique qui serait différent des autres, sans doute les plus nombreux. J’ai tendance à penser que cette appellation est arbitraire. Montesquieu avait bien raison avec son : “Comment peut-on être persan ?”. Son personnage Rica est très contrarié, depuis qu’il a quitté son habit Persan, plus personne ne le remarque, en d’autres termes, Montesquieu nous démontre que la différence est arbitraire, qu’elle est le produit d’un préjugé, d’un à priori. Aprés tout, il y a plus de différence physique entre un Normand blond aux yeux bleus et un Marseillais, qu’entre ce Marseillais et un algérien. Et que dire du Suédois ? Parler de diversité à propos de différence physique, c’est hypocritement utiliser un concept raciste. D’ailleurs, un homme ou une femme dont les origines sont Sénégalaises ne se voit pas comme différent, ce sont les autres qui lui en font prendre conscience. La diversité est partout et l’enjeu est de saisir la ressemblance. Quant à moi, je revendique la différence qui fait de moi un être unique et je m’applique à chercher en l’autre ce qui me ressemble, le droit à la différence est une face du droit à la ressemblance.

Cette histoire de différence, dès l’enfance est au coeur de la vie quotidienne. La moindre différence ou plutôt ce qui est évalué comme une différence risque de faire de chaque enfant un exilé ou un martyr dans la cour de l’école. Tout y passe, la couleur, mais aussi, la taille, les lunettes, les vêtements, les boutons et mille autres choses encore. Ce n’est pas forcément un défaut ou un handicap, parfois c’est tout le contraire. Les enfants surdoués, par exemple, sont souvent victimes d’ostracisme, de la part des enfants ainsi que des enseignants. Ces enfants là sont différents, bien qu’ils n’aient pas d’antennes comme les Slans, les mutants surdoués  de A. E. van Vogt. Leurs capacités intellectuelles sont simplement nettement supérieures à la moyenne. Il est vrai que la France est un pays particulier, si avide d’égalité qu’elle n’hésite pas à couper les têtes qui dépassent. De plus ces enfants subissent un double ostracisme, ils sont différents et en même temps, leurs dons provoquent des jalousies féroces. Souvent, ils se cachent, feignent une relative médiocrité au prix d’efforts et de sacrifices, mais si leurs dons sont reconnus, parfois grâce ou à cause de l’action de la famille, ils sont en danger. La société comprend que les enfants en difficulté, voilà encore une euphémisme, soient aidés, mais ne fait rien pour ces enfants qui sont pourtant des trésors pour cette même société. Il est vrai que si un tel enfant naît dans un milieu privilégié et fortuné, il ne risque pas d’être maltraité. Car notre école publique est non seulement réductrice pour les enfants dits en difficulté, mais aussi pour les plus doués, les surdoués. Mais chut ! le mot même de surdoué est tabou, on lui préfère des termes comme “brillant”, “intellectuellement précoce”…

Et si on apprenait aux enfants à distinguer ce qui leur ressemble, si on arrêtait d’encourager ou de laisser faire des petits chefs utilisant de soi-disant différences pour dominer et soumettre ceux qui les entourent, peut-être, pourrions-nous espérer que plus tard les êtres humains s’apprécieront un peu plus.

  1. lemondecommeilva a publié ce billet
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